Patriotisme économique : le prix Nobel d'économie ne peut plus nous échapper

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    Le patriotisme économique, qui consiste à protéger les entreprises françaises (comme Danone) contre les OPA hostiles émanant d'entreprises étrangères, relève d'une vision hybride de libre-échangisme (pour les entreprises françaises à l'étranger) et de protectionnisme (contre les entreprises étrangères en France).

    Ce concept de patriotisme économique est problématique d'un point de vue économique (1), juridique (2) et moral (3).

    1. - Economique. D'un point de vue strictement économique, que des entreprises étrangères prennent le contrôle de firmes françaises est réjouissant. D'abord pour les actionnaires, qui ne vendent leurs parts que s'ils y ont intérêt. Ensuite pour les consommateurs : l'intégration à un groupe international se traduit rarement par une dégradation des produits et services offerts. Enfin pour la collectivité dans son ensemble, qui ne peut se construire qu'au départ d'entreprises saines et prospères.

    2. - Juridique. Quid si nos partenaires décidaient d'adopter, à l'instar de la France, une politique économique "patriotique", i.e. encourager leurs propres entreprises à prendre le contrôle d'entreprises étrangères tout en faisant défense aux entreprises étrangères de prendre le contrôle de leurs entreprises nationales ?

    Une courte réflexion suffit pour comprendre qu'une telle généralisation du patriotisme économique condamnerait les entreprises à demeurer strictement nationales. En d'autres termes, l'institution du patriotisme économique en règle est une impossibilité logique qui ne laisserait subsister, du concept, que son versant protectionniste, signant, du fait même, l'arrêt de mort de l'Union européenne, de l'O.M.C. et du commerce international.

    (Tenter de sauver le concept en le réservant aux secteurs "stratégiques" de l'économie nationale oblige à soutenir le caractère stratégique du yaourt.)

    3. - Moral. Emmanuel Kant a montré qu'un comportement ne peut être qualifié de juste que s'il est universalisable : "Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle". La maxime resterait-elle viable si le comportement que j'adopte se généralisait ? Que la réponse soit négative, alors ce comportement est injuste.

    Ce serait faire injure aux élites de la Chiraquie que d'imaginer qu'elle ne sont point conscientes de l'impossibilité d'universaliser le "patriotisme économique". Jamais, sans doute, ces élites n'ont entretenu la moindre illusion sur ce point. Probablement ne se sont-elles d'ailleurs même pas posé la question.

    Car ce que le chiraquisme a conservé du gaullisme, ce n'est pas le style (cher à J.-F. Revel) ni, c'est évident, le souci de l'intérêt général : non, c'est la prétention au régime de faveur. Des règles, oui, mais la France, quant à elle, agira selon sa vision et son destin.

    Une prétention à l'exception qui, faut-il le préciser ?, n'est pas toujours appréciée à sa juste valeur par nos partenaires.

    Economiquement aberrant, injuste, et juridiquement insensé : on devine la fébrilité des jurés du Nobel face à un concept aussi révolutionnaire que celui de patriotisme économique.


Drieu GODEFRIDI
Directeur de l'Institut Hayek

© Institut Hayek, 2005


Mis à jour (Samedi, 24 Septembre 2005 07:51)

 
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