L'atlantisme comme nécessité

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L'atlantisme comme nécessité


L'atlantisme est la doctrine selon laquelle les liens politiques, économiques, et militaires entre les Etats-Unis et l'Europe doivent être encouragés et développés, au motif de la communauté de valeurs qui les sous-tend. Quelle est la teneur actuelle du contrat transatlantique ?

L'Europe est un laboratoire. Ce qui se matérialise avec la construction européenne, comme l'a souligné Robert Kagan dans un récent article ("Power and Weakness", Policy Review, n°113, juin-juillet 2002) c'est une tentative de réaliser l'idéal de paix perpétuelle imaginé par Kant.

La construction européenne marque une rupture radicale par rapport à une tradition pluriséculaire de guerres. Le projet européen tient originellement en un mot : la paix. Quarante-cinq ans plus tard, l'Union européenne est riche de quinze, et bientôt vingt-cinq Etats membres. Son succès tient d'abord à cela que l'idée même d'un conflit armé entre nations européennes a disparu : il n'est tout simplement plus concevable qu'un différend entre Etat membres se règle autrement que par la négociation politique. Compte tenu du passé et du passif européens, cette réalisation est remarquable.

"Le droit plutôt que la force", tel est le nouveau message européen. Les premiers destinataires du message sont les Américains, qui auraient le tort de persister dans cette vision de la réalité que Robert Kagan qualifie de "hobbienne": la force plutôt que le droit.

C'est aller un peu vite en besogne. L'expérience européenne ne se tient pas sur Mars, elle s'inscrit dans un contexte, celui de rapports entre Etats qui sont loin d'avoir tous renoncé à user de la force. Que proposent concrètement les Européens dans ce cas de figure?

Dans l'esprit et les dossiers des dirigeants communistes soviétiques, l'Europe occidentale avait vocation à rejoindre le giron communiste. La présence américaine a permis d'éviter que ces plans d'invasion ne soient mis à exécution durant la guerre qui resta par voie de conséquence "froide". Face à la force militaire communiste, le discours attentiste européen fut de peu de poids.

La menace communiste s'est dissipée et a fait place à l'islamisme. En dépit de nombreuses mises en garde, émanant notamment d'un ancien secrétaire général de l'OTAN, et d'attentats antérieurs, il fallut les images du 11 septembre 2001 pour que le monde occidental prenne conscience de l'ampleur de la menace islamiste. La réaction américaine fut du domaine de la force, avec notamment le bombardement puis l'invasion de l'Afghanistan. Quel est l'apport européen ? Il consiste pour l'essentiel en un discours qui en appelle au droit et à des solutions diplomatiques; un discours que le recours à la force répugne et qui a souvent du mal à cacher son agacement, voire son écoeurement, face aux agissements de l'administration Bush.

Par rapport à ces mouvements terroristes et aux "Etats voyous" qui les hébergent et les financent, le discours européen est inopérant. Ce qui ne signifie pas que le recours à la force est la seule politique possible, mais lorsque la menace et la violence s'actualisent, la force fait nécessairement partie de la réponse.

En réalité, les Européens ne sont pas seulement privés de la volonté de recourir à la force, ils en ont encore en large part perdu les moyens. Le secrétaire général de l'OTAN George Robertson ne cesse de se plaindre de la faiblesse des moyens que les Etats européens mettent à la disposition de l'OTAN, et le fossé entre les capacités militaires des deux côtés de l'Atlantique ne cesse de croître.

L'anémie militaire européenne est connue et reconnue. La dépendance de l'économie de l'Union à l'égard de l'économie de l'autre Union l'est moins. Or la réalité est cruelle. Depuis quinze ans, les crises économiques, les crises boursières, les reprises boursières et économiques et jusqu'aux bulles spéculatives sont d'abord américaines, l'Europe suivant docilement. Les taux de croissance européens sont inférieurs, et largement, aux courbes américaines.

Cristallisant les passions des deux côtés de l'Atlantique, le Statut de la Cour Pénale Internationale (CPI), qui date de 1998, investit la Cour d'un pouvoir de juridiction sur tout individu, même citoyen d'un Etat qui n'a pas ratifié le Statut, et cela pour une large gamme d'infractions, qui vont jusqu'aux dommages importants à l'environnement.

A la fois au plan de la définition des infractions et au plan des garanties procédurales, le système mis en place par le Statut de 1998 est antithétique de ce qui constitue le noyau même de la tradition politique anglo-saxonne de liberté : la Rule of Law. Le système CPI est en effet, et par la force de la précipitation avec laquelle les Européens l'ont institué, un ensemble de règles qui font constamment droit aux appréciations discrétionnaires, et même souveraines, des juges. Or la discrétion, lorsqu'elle est souveraine, porte en droit un nom : arbitraire.

Soyons concrets : ce que refusent les Américains est que l'un de leurs citoyens soit arrêté, transféré à la CPI et jugé conformément à des "règles" que ceux qui les appliquent pourront compléter, réinventer et adapter aux nécessités et aux fantasmes de l'heure; ensuite condamné et emprisonné pour des infractions dont nul ne sait, par avance, en quoi elles consistent exactement.

La Rule of Law exige qu'un individu ne soit livré à la redoutable contrainte étatique qu'en vertu et dans les limites de règles certaines, connues par avance, non rétroactives : nullum crimen, nulla poena sine lege. Faut-il s'étonner que les Américains rejettent un système qui marque une régression objective par rapport à des garanties qu'ils se sont acquises il y a 230 ans ?

Conclusion

L'Union européenne préfigure à n'en pas douter la forme que pourrait prendre, demain, des rapports pacifiques entre Etats actuellement en guerre. L'Europe constitue, à ce titre, un laboratoire de la paix perpétuelle esquissée par Emmanuel Kant.

Outre que l'on peut imaginer bien d'autres modes de coexistence pacifique entre peuples et nations, les Européens ne doivent pas oublier que ce qui a permis la création de ce qui fut, au départ, un modeste laboratoire qui commence aujourd'hui à prospérer, ce sont les Etats-Unis. Ce sont encore les Américains qui préservèrent ce laboratoire des agressions soviétiques, comme ils tentent aujourd'hui de le préserver de la menace islamiste; sans parler de leur contribution, indirecte (plan Marshall excepté) mais inestimable, à son financement. La construction européenne n'a jamais été et n'est pas viable sans la garantie américaine. Les Américains n'ont par contre aucun besoin du concours européen pour cultiver les valeurs de liberté et de prospérité qu'ils entretiennent depuis 1776.

Si le nouvel âge de l'atlantisme est celui du grand projet européen, il est aussi celui d'un déséquilibre économique et militaire de plus en plus marqué entre partenaires. Pour rétablir la balance, il convient que les Européens réinvestissent dans leurs forces armées et redonnent à leurs économies les moyens d'une croissance qui ne soit pas symbolique.

Dans l'intervalle, les Européens devraient garder présent à l'esprit que l'atlantisme n'est pas, pour eux, un choix : c'est une nécessité.

Drieu GODEFRIDI

Cet article a été publié par l' Echo, la Libre Belgique et reinfo-israel.com

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Mis à jour (Mardi, 03 Janvier 2006 14:56)

 
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