Pour la "deep ecology", l'homme est une nuisance pour la nature

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La deep-ecology est cette idéologie, très en vogue actuellement et portée par des ONG aux redoutables relais médiatiques, qui considère que l'homme étant une nuisance pour la nature, il faut ramener l'humanité à de plus justes proportions : 500 millions pour certains auteurs écologistes, 100 millions pour d'autres. Comment ramener la population mondiale à de telles proportions ? C'est une question à laquelle la deep ecology ne répond jamais explicitement.


Pour la "deep ecology", l'homme est une nuisance pour la nature

par Drieu Godefridi, institut Hayek, pour "La Libre"


La deep-ecology est cette idéologie, remarquablement décrite par Luc Ferry dans son ouvrage "Le Nouvel Ordre écologique", qui considère que l'homme étant une nuisance pour la nature, il faut ramener l'humanité à de plus justes proportions : 500 millions pour certains auteurs écologistes, 100 millions pour d'autres. Comment ramener la population mondiale à de telles proportions ? C'est une question à laquelle la deep ecology ne répond jamais explicitement. On en est réduit aux conjectures. Le passé récent nous enseigne qu'il est possible de supprimer massivement des populations "indésirables".

Les "deep-écologistes" ont une manière particulière d'envisager le débat, en discutant l'homme, plutôt que ses arguments. A de rares exceptions près, les scientifiques qui ont récemment interrogé la certitude des théories dominantes en matière de réchauffement climatique se sont vus prestement traîner dans la boue par les gardiens du dogme écologiste qui affirment ou laissent entendre que leur scepticisme serait commandité par des compagnies pétrolières, Exxon en particulier.

Nous considérons, quant à nous, qu'il faut répondre à des arguments par des arguments. Un texte récemment publié par "La  Libre" nous en offre l'occasion ("L'horloge écologique n'accepte plus de tergiversation", 30 janvier 2007).

Les auteurs de cet article collectif écrivent : "Les désordres écologiques sont devenus bien visibles. Il y a urgence. Il est devenu irréaliste de croire qu'il est possible de ménager le système actuel sans le remettre fondamentalement en cause". Ainsi le décor est-il planté, le "système" actuel est perdu, il est inamendable, il faut en changer. Il n'est plus temps d'évoluer, c'est de révolution qu'il doit s'agir.

"Il est de plus en plus clair que l'ère des énergies fossiles touche à sa fin et que la compétition pour la maîtrise des derniers barils, sous l'étendard des droits de l'homme et de la civilisation, se fera de plus en plus acharnée." L'idée suivant laquelle nos ressources s'épuisent, il est moins une, marquée au coin du bon sens malthusien, est constamment démentie par les faits depuis la révolution industrielle. Chaque jour qui passe, de nouvelles technologies permettent d'exploiter des ressources dont l'homme n'avait pas même conscience.

"Les comportements de consommation effrénée, ainsi que la croyance en une croissance durable voire infinie menacent gravement nos petits-enfants et leurs enfants. Il est impératif de se débarrasser de l'illusion technologique qui veut que l'homme, grâce aux progrès techniques toujours à venir, pourra maîtriser toute chose. Il est devenu évident que l'illusion de la croissance doit être remise en question le plus rapidement possible." Nous y voilà. La "décroissance" est la pierre angulaire de l'idéologie de la deep-ecology. Logiquement, la décroissance implique une décroissance de la population mondiale. Prenons, par exemple, le cas de la Chine ou de l'Inde, des pays dont des centaines de millions de citoyens connaissaient encore, il n'y a pas si longtemps, la famine.

Une décroissance, même infime, implique nécessairement, pour ces pays-là, de replonger ces mêmes populations dans la famine donc la mort. Inavouable, bien entendu. Mais pourtant parfaitement cohérent avec l'idée de ramener la population mondiale à de "plus justes proportions".

"Il est clair que les mécanismes de l'économie de marché ne sont pas capables d'intégrer ni la protection des ressources vitales pour les générations futures, ni les nécessités sociales présentes et à venir." Confirmation de ce qui précède : l'économie de marché est un système dépassé. Seulement, renoncer à un système implique une alternative. Les alternatives à l'économie de marché et la mondialisation des échanges sont connues, il y en a deux : la chasse-pêche-cueillette, chères à nos ancêtres éloignés, et, plus sérieusement, l'économie planifiée. Economie planifiée qui a conduit, partout et toujours, à des désastres économiques, humains, et... écologiques. Rappelons que les derniers pays à économie planifiée sont, aujourd'hui, Cuba et la Corée du Nord.

"Où que l'on regarde les choses, l'heure est donc venue de proposer un concept plus approprié comme objectif commun de l'humanité. Des civilisations prestigieuses sont mortes avant nous parce qu'elles n'ont pas su ou voulu adopter les changements radicaux qui étaient nécessaires dans leur évolution. Nous avons aujourd'hui l'intelligence et la compréhension des phénomènes et de leurs conséquences." Faux. Notre connaissance du climat progresse mais elle reste très lacunaire : quel temps fera-t-il dans huit jours ? Méfions-nous de la (prétendue) unanimité des scientifiques comme argument.

Comme le rappelait récemment l'économiste Henri Lepage, jusque tard dans le XXe siècle, la supérieure efficacité de l'économie planifiée sur l'économie de marché était un dogme auquel adhéraient même de nombreux penseurs libéraux, qui en étaient réduits à défendre l'économie de marché pour des raisons morales (respect de la liberté individuelle). On sait ce qu'il est advenu de cette belle "certitude" scientifique au nom de laquelle, déjà, on accusait les économistes dissidents d'être vendus au "lobby industriel".

 La deep-ecology n'est pas une idéologie rationnelle. Ses adeptes sont le plus souvent animés d'une haine inextinguible pour l'économie de marché et la mondialisation des échanges. Le recyclage dans l'écologisme d'une bonne part de l'extrême gauche (et de l'extrême droite) a été maintes fois souligné.

Pour n'être pas rationnelle, la deep-ecology n'en constitue pas moins une menace réelle, particulièrement pour ceux qui viennent (ou qui tentent) de se sortir de la pauvreté. Tous les "écologistes profonds" n'ont pas la candeur des auteurs de l'article étudié, ou du philosophe allemand Hans Jonas, qui acceptait l'augure d'une dictature planétaire pour sauver la "biosphère". La deep-ecology anime aussi des "organisations non gouvernementales" de premier plan qui maîtrisent remarquablement les techniques marketing de masse et préparent depuis de longues années les esprits à un "changement radical de système".

A la différence, toutefois, d'autres idéologies totalitaires, comme le communisme, ou le national-socialisme (Luc Ferry souligne les nombreuses affinités idéologiques de la deep ecology avec le régime national-socialiste, initiateur d'ailleurs des premières lois "écologiques" de l'histoire), à la différence des deux totalitarismes du XXe siècle, la deep-ecology n'avance le plus généralement aucune proposition concrète pour remplacer l'économie de marché.

Cette absence singulière de proposition, outre qu'elle illustre la faillite intellectuelle de la gauche et de la droite extrêmes, signifie, concrètement, que la seule ambition pratique des "deep-écologistes" est la destruction du système actuel. Noble perspective.

Dénoncer la deep-ecology n'implique pas de disqualifier toute espèce de préoccupation écologique, cette "soft ecology" que méprisent les tenants de la "deep ecology". L'économie des ressources, la gestion de la rareté (relative) ne sont-elles d'ailleurs pas la définion même de l'économie de marché ? Il n'est pas jusqu'aux penseurs les plus libéraux, comme Milton Friedman, qui n'admettent la nécessité de taxer nos comportements les plus polluants. Ce sont les idées qui façonnent l'histoire de l'homme. Gardons cette réalité présente à l'esprit quand nous discutons d'idéologies qui, à l'instar de la deep ecology, sont en rupture avec l'humanisme fondant, non seulement notre civilisation, mais ce que nous sommes.

 © La Libre Belgique 2007



La Libre

Mis à jour (Jeudi, 27 Septembre 2007 07:31)

 
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