Le conflit entre libéralisme et conservatisme
Le conflit entre libéralisme et conservatisme - Dirk Verhofstadt
Les divergences de vue idéologiques existent-elles
encore? Depuis la chute du mur de Berlin, le libéralisme et le marché
libre semblent avoir définitivement gagné la partie. Les intellectuels
tels Francis Fukuyama ont immédiatement parlé de la Fin de l'Histoire
et de la disparition de la lutte d'idées. Cela ne s'est en fait pas
confirmé. L'arrivée des antimondialistes et les attentats qui ont
ébranlé les Etats Unis le 11 septembre 2001 ont exercé une pression
nouvelle sur les principes du marché libre et la démocratie.
Les antimondialistes n'ont pas encore apporté de réponse univoque. Mais
cela n'empêche pas les partisans du marché libre d'étudier le contexte
mondial en obligeant les libéraux - justement - à réexaminer des
évidences, éliminer des préjugés et mettre à nu les illogismes de leurs
adversaires. Les valeurs essentielles du libéralisme, la liberté
individuelle et la responsabilité, sont admises par chacun. La plupart
des citoyens et de leurs représentants politiques ne veulent pas y
toucher. Ils comprennent bien que limiter le principe de liberté est
nécessaire dans certains cas pour rendre le monde plus juste, mais
qu'une réduction trop forte peut avoir des conséquences terribles tant
pour l'individu que pour la société même.
Les opposants au libéralisme le voient comme une émanation de la
droite. C'est faux. Le fossé, aujourd'hui, ne sépare plus la gauche et
la droite. Plaider pour une sécurité accrue, une diminution de la
pression fiscale, le démantèlement de l'énergie nucléaire ou la
suppression des limitations à l'importation de produits du Tiers Monde:
est-ce de gauche ou de droite ? Ce sont là des principes dépassés qui
masquent et simplifient la vraie diversité du paysage politique. La
véritable ligne de démarcation idéologique actuelle est celle qui
sépare renouveau et conservatisme et qui s'installe entre hommes et
partis optant pour le changement et la modernisation et ceux qui
agissent et pensent en conservateurs.
Sur cette ligne de rupture, le libéralisme est un mouvement clairement
progressif qui s'érige contre toutes les formes de conservatisme
étroit, tellement présentes dans d'autres partis et idéologies. Tout
d'abord chez les ultra-nationalistes qui veulent imposer à la
population leur conception ethnique d'un peuple pur et uni où chacun
doit uvrer pour la communauté propre et résister aux influences
étrangères'. Ensuite, chez les chrétiens-démocrates qui estiment que
leur morale est supérieure à d'autres modèles de pensées, s'agrippent
maintenant au wagon populiste pour un retour aux valeurs et aux normes
traditionnelles et vouent l'individualisme aux gémonies. Troisième
groupe de conservateurs: les socialistes traditionnels, rétifs aux
réformes sociales nécessaires et à la modernisation. Pour eux, les
droits acquis et les intérêts corporatistes sont plus importants que
l'intérêt général.
L'opposition entre conservatisme et libéralisme a également été
soulignée par le philosophe français Alain Finkielkraut dans son
ouvrage Ingratitude (Contact, 2000): "... le conservateur, c'est l'autre,
celui qui a peur, peur de perdre ses privilèges acquis et ses
avantages, peur de la liberté, peur du large, de l'inconnu, de la
mondialisation, des émigrés, de la flexibilité, peur des changements
nécessaires." Les Libéraux s'opposent à l'inculture, l'immobilisme, le
paternalisme et le cloisonnement. Ils veulent la liberté, l'ouverture
et la créativité. Ils ont confiance dans la force des êtres humains
pour améliorer les choses. Les traditions peuvent être importantes,
mais ne doivent pas freiner le progrès. Les Libéraux s'efforceront dès
lors d'éliminer les entraves à une croissance spontanée et libre. A
l'instar de la démocratie, le Libéralisme ne sera jamais vraiment
acquis. Constamment naissent des situations qui limitent la liberté et
se lèvent des individus qui veulent museler notre pensée et nos actes.
Un grand mouvement libéral, innovateur et ouvert est donc nécessaire
pour apporter une réponse positive au cloisonnement et à l'immobilisme,
symptomatiques parmi tant d'autres groupes et de partis. Les partis
conservateurs tentent d'effrayer les citoyens et jouent sur le
sentiment d'insécurité qu'entraîne chaque avancée. Il appartient au
mouvement libéral d'expliquer que les réformes et le renouveau visés
apporteront justement plus de sécurité, de bien-être et de protection
sociale.
Sur le plan mondial aussi, le libéralisme doit soutenir les mécanismes
de changement nécessaires en luttant ainsi à la fois contre le
défaitisme des antimondialistes et l'égoïsme des fondamentalistes du
marché. Les premiers subordonnent l'individu à des modèles de pensée
qui ont jadis prouvé qu'ils menaient à l'asservissement et au
totalitarisme. Les seconds abusent de certains éléments du libéralisme
afin de conférer à leurs actes une forme de dignité et de civilisation.
En fait, ils servent uniquement leurs propres intérêts aux dépens des
autres. Prenons, par exemple, la politique actuelle des Etats-Unis qui,
par intérêt économique, refusent le traité de Kyoto, freinent
l'importation d'acier étranger par de nouvelles taxes et octroient à
leurs agriculteurs d'énormes subventions. Autre exemple: l'ancienne
Union soviétique où des groupuscules, souvent proches de la
criminalité, monopolisent et dirigent le pouvoir économique. Nombreux
sont les égarements du fondamentalisme de marché et les questions
antimondialistes qui peuvent être résolus par un libéralisme
démocratique et économique: suppression de toutes les entraves à
l'importation pour les produits du Tiers Monde, abandon des subventions
agricoles faussant la concurrence, annulation de la dette des pays les
plus pauvres, démocratisation des institutions internationales,
création d'une Organisation mondiale sociale veillant au respect de
règles minimales en matière de sécurité, de santé, d'environnement et
de conditions de travail, lutte contre les monopoles et les cartels et
suppression ou interdiction du commerce d'armes et d'autres produits
dangereux pour l'homme et l'environnement. Le libéralisme à visage
humain plaide pour une marché libre fonctionnant dans un cadre éthique.
Il nous faut - ici aussi - s'opposer aux diverses forces conservatrices
qui placent leurs intérêts corporatistes et leur propre intérêt avant
l'intérêt général et les droits de l'homme.
Dirk Verhofstadt est l'auteur de Het menselijk liberalisme - Een antwoord op het antiglobalisme, Houtekiet, 2002.
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Mis à jour (Samedi, 13 Août 2005 10:34)



